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SOEUR RAFQA, LA MONIALE PRIANTE
La vie quotidienne du moine était
-et reste toujours -partagée entre la prière et le
travail, selon l'adage connu «Ora et Labora». Il en est de même
dans la vie quotidienne de la moniale, et d'une manière particulière
de la moniale affiliée à l'Ordre Libanais Maronite.
La journée de notre Servante
Dieu était donc partagée entre la prière et
le travail. La vie de piété que soeur Rafqa menait
à la maison familiale, puis dans la Congrégation des
Mariamettes, fut énormément intensifiée une
fois qu'elle fut entrée au monastère Saint-Sém'an.
A l'intérieur du cloître, elle se trouvait vraiment
à son aise, car elle a pu y mener la vie contemplative à
laquelle elle aspirait dès sa jeunesse.
Au monastère, la moniale doit
participer à des prières liturgiques communes qu'on
appelle l'Office divin ou les Heures canoniales. Dans le rite maronite,
comme dans l'Eglise latine, il existe sept heures canoniales réparties
sur les vingt-quatre heures de la journée, à savoir:
Vêpres, Complies, Nocturnes, Matines, Tierce, Sexte, et None.
L'office de minuit ou Nocturnes était récité,
à minuit juste, par les moines seulement, mais non pas par
les moniales.
Notre Servante de Dieu n'a jamais
manqué de chanter au chœur, l'Office divin, avec les autres
moniales, sauf quand elle se trouvait en-dehors du monastère,
ou bien lorsqu'elle devint complètement percluse. Même
lorsqu'elle se trouvait en-dehors du cloître, elle demandait
à la sœur qui l'accompagnait de venir chanter avec elle l'office
du jour; elle cherchait même à se rendre à l'église
pour réciter l'office afin de ne pas manquer à ses
devoirs de moniale: «Une fois, rapporte sœur Eugénie de Ehden,
moniale de Saint-Sém'an EI-Qarn, je lui tenais compagnie
au Minat de Tripoli, dans une maison louée. Là, le
médecin lui fit une opération dans sa nuque; il lui
fit une ponction et y mit une mèche. De la plaie, il sortait
une matière purulente en abondance; elle souffrait sans murmurer.
Bien que très souffrante et très borgne, elle m'amenait
à l'église pour réciter l'office canonique
avec le curé de la paroisse et cela pour accomplir nos devoirs
et donner le bon exemple». Si elle a demandé à sa
supérieure de Saint Sém'an qui l'envoyait passer l'hiver
sur le littoral, de l'autoriser à se rendre au monastère
Saint-Elie EI-Rass, comme nous l'avons vu, c'était surtout
afin qu'elle puisse réciter quotidiennement, et au chœur,
l'office divin. Toute souffrante, elle ne pensait qu'au Seigneur!
Une fois aveugle, sœur Rafqa se tenait
toujours au chœur, debout autour du lutrin, selon la liturgie maronite,
et elle chantait l'office par cœur avec les autres moniales. Aussi,
elle avait une très belle voix. Assister à l'office
lui était une grande joie, car elle était alors consciente
qu'elle se trouvait en présence de Dieu, et quelle bavardait
avec son bien-aimé le Christ pour qui elle a tout abandonné.
Sa foi, rapporte sœur Abdel Ahad de Chabtine, était vive
dans toutes ses actions, surtout dans ses prières. Elle ne
récitait pas les offices au lutrin, ni assistait à
la messe, ou aux cérémonies liturgiques avec ennui,
lassitude ou nonchalance, bien au contraire, elle était dans
ces exercices religieux, attentive et l'esprit tendu, les accomplissant
avec plaisir et ardeur. Elle articulait parfaitement les prières
dites en commun; elle intensifiait ses prières le dimanche
et elle disait: «Dieu a fait les jours ouvrables pour le travail,
et les jours fériés pour la prière et la méditation.
Chômer ne veut pas dire: repos absolu». Le dimanche et les
jours de fête étaient pour elle des journées
de grande joie!
Les moniales se levaient, en général,
à 4 heures du matin, puis elles se rendaient à l'église
pour l'office. Notre Servante de Dieu devançait tout le monde,
et ceci d'une manière ordinaire. Elle disait même aux
novices, pour leur inspirer du courage: «celle qui devance les autres
à l'église, prendra tout l'encens». La liturgie maronite
est centrée sur «le fromîoun» ou «la mise de l'encens»;
ainsi, celles qui viennent avant les autres, bénéficieront
davantage des effets de la prière!
Le soir après complies, tout
moine et toute moniale devaient se rendre à leur cellule.
Alors, la cloche sonnait; on récitait le «de profundis»,
et on allait se coucher. Au son de la cloche, sœur Rafqa allait
faire sa dernière visite au Saint-Sacrement; pui elle revenait
dans sa cellule. Si, avec l'autorisation de la supérieure,
quelques moniales passaient la veillée ensemble après
le grand silence, sœur Rafqa s'excusait et se retirait dans sa cellule.
Dans la journée, elle n'a jamais fait de sieste; mais elle
n'a jamais cessé de prier.
Au monastère Saint-Sém'an
EI-Qarn comme en celui de Saint-Joseph de Jrabta, les moniales menaient
la vie des cloîtrées; les récréations
communes étaient très réduites. Toutefois,
au moment de ces temps de repos en commun, les moniales se réunissaient
ensemble et s'entretenaient surtout de l'épître et
de l'évangile du jour, voire du martyrologe lu le soir, et
de la lecture, faite au réfectoire, de la vie des saints
ou autres. En ces occasions, notre Servante de Dieu disait parfois:
«Il nous faut ouvrir les oreilles aux paroles divines et aux discours
des saints; puis, ajoutait-elle, il nous faut les refermer pour
que rien de tout cela n'en sorte; bien plus, il faut que ces paroles
travaillent ici», et elle indiquait sa tête du doigt. S'il
arrive qu'une moniale ou une novice oublie le contenu de l'évangile
ou bien de l'épître du jour, elle était astreinte
à prier pour les défunts.
En plus des prières liturgiques
communes, comme la messe, l'office divin ou autres, notre Servante
de Dieu s'adonnait aux prières individuelles. Là,
elle donnait libre cours à son âme avide de Dieu! Elle
avait une dévotion toute particulière au Très
Saint-Sacrement qu'elle visitait continuellement tout au long de
la journée. Si elle ne travaillait pas, ou bien si elle n'était
pas dans sa cellule, on la trouvait toujours à l'église
adorant le Seigneur. Elle aimait réciter les lectures composées
par saint Alphonse de Ligori spécialement pour la visite
au Saint-Sacrement. Une fois aveugle, elle ne tricotait pas, elle
passait tous ses moments à prier à l'église.
Elle venait; et avant d'y entrer, elle mettait à la porte
son crochet ou sa quenouille; puis elle fermait la porte derrière
elle. Elle y passait des heures. A sa sortie, elle reprenait sa
quenouille ou son crochet pour ne pas perdre de temps.
Sa dévotion au Très
Saint-Sacrement était tellement grande et vive qu'elle a
pu se rendre, tout en étant complètement percluse,
à l'église le jour de la Fête-Dieu. «Une année,
le matin de la Fête-Dieu, rapporte sa supérieure sœur
Ursula Doumit, j'entrai dans sa cellule et lui demandai des nouvelles
de son état. Elle me répondit: Grâce à
Dieu! Qu'Il soit loué! puis elle poursuivit: Ah! ma mère
Supérieure, si je pouvais assister à la Messe, en
ce jour de grande fête! Je lui dis: «Puisque vous avez un
si grand désir d'entendre la Messe, pouvez-vous vous asseoir
pour que les moniales vous transportent à l'oratoire?». Elle
répondit: «Essayez». J'appelai alors deux moniales, Hélène
de Jbeïl et Youssoufieh de Jrabta, qui essayèrent de
la faire asseoir, mais elle ne le put pas; elle fut incapable même
de bouger. Je lui dis alors: «Puisque vous ne pouvez pas vous asseoir
à l'oratoire, restez dans votre lit. Vous n'êtes pas
obligée d'entendre la Messe tant que vous êtes en cet
état».
«Pendant que nous étions dans
l'oratoire et que le prêtre avait commencé à
célébrer le saint Sacrifice, nous la vîmes ramper
et entrer par la porte de l'oratoire. Les moniales furent grandement
étonnées lorsqu'elles la virent et firent un léger
bruit, par suite de leur grande stupéfaction, quelques-unes
même pleurèrent d'émotion et de compassion pour
elle. Je me hâtai alors vers elle et étendis ma main
pour l'aider, mais elle me signifia de la tête de la laisser
entrer toute seule. Nous la fimes asseoir sur un cous.. sin au milieu
de l'oratoire, toujours émerveillées de la manière
dont cette moniale, au corps disloqué et désarticulé,
put descendre seule de son lit et venir de sa cellule à l'oratoire,
elle qui est incapable de se mouvoir dans son lit. La Messe finie,
j'appelai les moniales pour la transporter à son lit; mais
elle me dit: «Je vous en supplie, ma mère, laissez-moi prier
dans l'oratoire, parce que je ne peux y venir à tout moment».
«Vers midi, je vins à elle
et lui dis pour l'éprouver: Pouvez-vous revenir toute seule
dans votre cellule, comme vous en êtes venue toute seule?
Elle essaya de bouger, mais elle ne put pas. Alors les moniales
la transportèrent dans sa cellule. Alors, je lui demandai:
«Comment avez-vous pu aller toute seule à l'oratoire alors
que vous n'aviez pas pu auparavant vous asseoir sur votre lit?».
Elle répondit: «Je n'en sais rien, mais j'ai demandé
à mon Dieu de m'aider à aller à l'église
et tout à coup je me sentais glisser du lit, mes jambes pendirent
et je tombai à terre et me traînai jusqu'à l'oratoire».
Cet événement a été relaté par
toutes les moniales qui s'y trouvaient avec elle à Saint-Joseph
de Jrabta.
Seul l'amour est capable de faire
des merveilles!
Sœur Rafqa désirait être
constamment unie au Christ. Avant le pape saint Pie X, il était
interdit de communier tous les jours. On s'approchait de la sainte
Table seulement les jours de dimanche et de fête. Alors, notre
Servante de Dieu faisait, toute la journée, des communions
spirituelles, manifestant, avec toute la sincérité
requise, son désir d'être unie au Christ. Lorsqu'elle
prenait la sainte Hostie, elle vivait réellement ce verset
du psalmiste: «Goûtez, combien le Seigneur est délicieux!
».
Quant à sa dévotion
à la Sainte Vierge Marie, elle reflétait la réalité
de son cœur marial. «Sa dévotion à la T .S. Vierge,
rapporte sœur Ursula Doumit, était une chose habituelle comme
la respiration, le manger et le boire. Son rosaire ne la quittait,
ni le jour ni la nuit». En effet, à cause de sa perclusion
et de ses souffrances, son sommeil était de très peu
de durée; alors toute la nuit, sœur Rafqa priait pour les
moniales qui lui demandaient de se souvenir d'elles pendant ses
prières; mais elle priait surtout pour les âmes délaissées,
pour l'Ordre dont elle était membre, et pour les pécheurs.
Elle avait également une dévotion
spéciale au Sacré-Cœur, récitant tous les jours
son chapelet, et pour Saint Joseph pour lequel elle faisait souvent
des neuvaines, en vue d'obtenir des faveurs demandées. En
somme, les saints noms de Jésus, Marie, Joseph, étaient
toujours sur ses lèvres, les répétant avec
ferveur, foi, et amour, et cela jusqu'à sa mort.
Quant à sa dévotion
pour la Passion de Notre Seigneur, elle dépassait toute description.
Pendant tout le temps de ses souffrances amères, le souvenir
de la Passion de son bien-aimé le Christ, et les instruments
de Ses tortures, lui revenaient toujours à la bouche, mettant
ainsi ses souffrances en communion avec celles de Notre Seigneur.
Avant sa perclusion, elle faisait le chemin de la croix tous les
vendredis.
Dès son bas âge, sœur
Rafqa menait une vie de prière. Sa vie était plutôt
une prière sans interruption. Tout son cœur était
à Dieu, et en Lui seul elle trouvait tout son plaisir. Sa
langue ne proférait que des prières et des louanges
au Seigneur et à sa Mère la Vierge Immaculée.
Ainsi, par ses paroles et son exemple, sœur Rafqa de Himlaya devint
le meilleur modèle qu'on pouvait proposer aux moniales, aux
novices, voire même à ceux qui venaient rendre visite
à son monastère. Si la vraie définition du
«moine»est qu'il est «un homme de prière», sœur Rafqa a été
réellement «une vraie moniale», et c'est pourquoi elle est
parvenue à un si haut degré de sainteté.
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