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SON TRANSFERT AU MONASTERE SAINT-JOSEPH
La santé de la Servante de
Dieu commença à s détériorer, et la
Croix se faisait plus pesante. Aussi 1e climat du monastère
Saint-Sém'an EI-Qarn ne lui convenait plus, surtout pendant
l'hiver; il se trouve à 1200 m. d'altitude environ, et il
est très exposé aux vents; la neige atteint parfois
un mètre d'épaisseur.
Lorsque l'hiver arrivait, nous rapportent
se consœurs, sœur Rafqa souffrait beaucoup à Saint Sém'an
à cause du froid excessif; elle souffrait égalment
de la densité de la fumée puisque les moniales, quand
il faisait très froid, et qu'il y avait de la neige, brûlaient
du bois qui faisait une fumée très épaisse.
Cette fumée causait du mal aux yeux de notre Servante de
Dieu qui se trouvait obligée de se confine dans sa cellule,
mais sans le moindre murmure C'est pourquoi, sa supérieure
l'envoyait sur le litttoraI pour passer les mois d'hiver. Une fois,
elle fut à Tripoli l'hôte des Filles de la Charité;
une autre fois' elle passa l'hiver, en cette même ville, dans
la résidence de l'Ordre Libanais Maronite, etc... Notons
que, malgré le froid excessif, sœur Rafqa n'aurait jamais
quitté son monastère si sa supérieure ne lui
avait ordonné de se rendre en ces endroits; elle aimait rester
toujours parmi les siennes, à l'intérieur du cloître.
A cette fin aussi, elle demanda une fois à sa supérieure
de l'envoyer au monastère de Saint Elie EI-Rass pour passer
l'hiver dans un monastère. Ce monastère appartient
au même Ordre, et se trouve proche de la mer. «Là,
dit-elle à sa supérieure, je vivrai avec mes sœurs
de la vie monastique». «La supérieure l'y envoya, rapporte
sœur Abdel Ahad de Chabtine, moniale de Mâr-Sém'an,
après avoir obtenu l'autorisation du père Benoît
AI-Metaïni, alors supérieur général de
l'Ordre; mais les moniales ne l'acceptèrent pas sous prétexte
qu'il n'y avait pas de place dans le monastère. Elle passa
donc deux mois environ chez elles, mais elle dormait dans le parloir
réservé aux visiteurs, comme si elle était
une hôte et non une moniale. Elle ne murmura pas. Quand elle
revint à Saint-Sém'an, continue sœur Abdel Ahad, nous
lui dîmes: «comment! elles vous ont mise au parloir?». Elle
répondit: «Elles n'avaient pas de place. Je n'ai aucun droit
sur elles. Que Dieu augmente leurs biens! (les fasse prospérer)».
Notre Servante de Dieu a accepté l'humiliation sans murmure,
voire même avec joie, et elle a eu surtout la satisfaction
de suivre l'office de son Ordre et de se trouver à l'intérieur
du cloître.
Cette situation devait durer jusqu'au
jour où l'on décida de fonder le nouveau monastère
de Saint-Joseph à Jrabta, dans le district de Batroun. En
effet, au monastère Saint-Sém'an El-Qarn, la sœur
Ursula Doumit, originaire de Ma'ad, fut atteinte de rhumatisme articulaire.
Les médecins lui prescrivirent de se rendre au littoral pendant
l'hiver. Alors sa supérieure fit appeler son frère,
le prêtre Ignatios Doumit et le mit au courant; puis elle
ordonna à sœur Ursula d'accompagner son frère à
Ma'ad qui se trouve à quelque 400 m. d'altitude seulement.
Sœur Ursula, comme notre Servante de Dieu, n'avait nulle envie de
quitter son monastère, n'était l'ordre donné
par sa supérieure en vertu de l'obéissance. Ayant
séjourné quelque temps en son village natal, elle
fut rétablie; mais les médecins lui prescrivirent
de séjourner toujours près du littoral, parce que
les hautes altitudes ne lui convenaient point. Alors son frère
décida de fonder, dans la région, un monastère
qui serait confié aux moniales dont sa sœur faisait partie.
Ce monastère est celui de Saint-Joseph à Jrabta.
Ainsi ce monastère fut fondé
en 1897. Sa fondation est due au legs qu'avait accordé aux
moniales de l'Ordre Libanais Maronite le prêtre séculier
Jean Basbous, à l'instigation du prêtre séculier
Ignatios Doumit. Tous les deux étaient originaires de Ma'ad,
village où sœur Rafqa a enseigné durant sept ans avant
d'entrer au monastère Saint-Sém'an El-Qarn.
Au début il n'y avait qu'une
petite maison et une parcelle de terrain. Avant que les moniales
n'arrivent, on a agrandi la maison qui existait déjà
de sorte que le nouveau bâtiment, c'est-à-dire ledit
couvent, comprenait deux étages. Le 15 août 1897, le
père Général de l'Ordre Libanais Maronite,
Martinos Al-Dar'ouni, prit possession de cet établissement,
et sa Béatitude le patriarche maronite Jean AI-Hage autorisa
le transfert de quelques moniales, du monastère Saint-Sém'an
à celui de Saint-Joseph, le nouveau monastère. «Lorsque
le monastère fut achevé, rapporte sœur Ursula Doumit,
les Supérieurs m'ordonnèrent de m'y transporter avec
six moniales dont l'une fut Rafqa que j'avais spécialement
demandée pour demeurer avec nous, parce que nous y étions
attachées comme des filles à leur mère, et
pour la prospérité que nous espérions pour
notre monastère grâce à ses prières et
aux bons exemples qu'elle donnerait aux moniales». Aussi la moniale
Tacla Doumit, l'élève de notre Servante de Dieu à
Ma'ad et la tante de sœur Ursula, tenait à avoir avec elles
sœur Rafqa. «Si vous ne prenez pas Rafqa, ma maîtresse, avec
vous, dit-elle à sa nièce, je ne partirai pas avec
vous». Ce qui fut fait; et sœur Ursula devint la première
supérieure dudit monastère ainsi que la supérieure
de notre Servante de Dieu jusqu'à sa mort.
Dans la suite, l'Ordre Libanais Maronite
agrandit le couvent de Saint-Joseph et lui octroya des terrains
de sorte que, actuellement, il y en a une trentaine de moniales.
Ce monastère a eu aussi l'honneur d'accueillir le patriarche
maronite Elias AI-Houayek, et d'autres évêques et prélats.
Ainsi, la Servante de Dieu a été
transférée définitivement au monastère
Saint-Joseph à Jrabta où l'hiver est beaucoup moins
dur qu'au monastère Mâr-Sém'an EI-Qarn. Elle
y resta jusqu'à son dernier soupir. Son exemple y est toujours
vivant, et nous espérons que son esprit y demeure répandu
malgré toutes les nouveautés dues aux exigences de
notre monde moderne.
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