LA VIE DE SAINTE RAFQA
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L'ENTREE AU MONASTERE DE SAINT-SEM'AN EL-QARN

La Servante de Dieu était très contente dans la Congrégation des Mariamettes. Elle était pieuse et d'une vie exemplaire. Selon le témoignage de la sœur Hélène Sfair qui était aussi Mariamette et qui devint dans la suite religieuse dans la Congrégation ,des Saints-Cœurs, sœur Rafqa «était pieuse et vertueuse; elle se montra digne d'éloge et de louange partout où elle se trouva, appliquée à ses devoirs religieux et pédagogiques».

D'autre part, toutes les religieuses Mariamettes menaient la vie active. Elles étaient dispersées en diverses régions de la montagne libanaise. Elles revenaient de la mission où elles se trouvaient à leur maison-mère à Bikfaya pour la retraite annuelle. Cette vie rendait heureuse la Servante de Dieu, mais sans la satisfaire complètement. Car elle se sentait appelée à la vie monacale: «elle avait plus d'inclination pour la vie cloîtrée, rapportent celles qui l'ont connue, que la vie où l'on doit se mêler au monde».

En outre, sœur Rafqa désirait être religieuse en une Congrégation à vœux solennels; chez les Mariamettes, les vœux se renouvelaient tous les ans de sorte que l'avenir des religieuses n'y était pas garanti. En définitive, son désir fut réalisé. En effet, en 1871, la Congrégation des Mariamettes connut une crise des plus dures. Les pères Jésuites dont elles dépendaient, décidèrent d'unir la Congrégation des Mariamettes de Bikfaya avec celle des Filles du Sacré Cœur de Zahlé en une seule et même Congrégation, comme nous l'avons vu. Devant le refus manifesté par quelques-unes, ce fut le grand désarroi. A la fin, les deux Congrégations en question furent dissoutes.

Sœur Rafqa se trouvait alors à Ma'ad. Pour affronter une situation aussi confuse, elle s'est rendue à l'église du village demandant l'aide du Seigneur pour savoir où était sa sainte Volonté. Ecoutons-la raconter à sa supérieure ce qui s'est passé: «Lorsque j'ai appris que les Jésuites étaient partis, ne voulant plus pourvoir à l'entretien des religieuses, et que certaines d'entre celles-ci étaient retournées dans le siècle à cause des persécutions et des dangers effrayants, je devins perplexe; les inquiétudes et les soucis s'emparèrent de moi. J'entrai alors à l'église S. Georges de Ma'ad et me mis à prier, pleurant, soupirant, demandant à Dieu de m'indiquer une voie sûre. A force de pleurer, je fus prise de sommeil, j'appuyai ma tête sur ma main et m'endormis.

«Pendant mon profond sommeil, je sentis une main invisible me toucher l'épaule et j'entendis une voix qui venait de je ne sais où me dire: Tu te feras religieuse! Je me réveillai alors et regardai dans l'église et autour d'elle, au dehors, mais je ne vis personne. J'allai donc mon chemin et rencontrai Antoun Issa, qui, remarquant mon chagrin et mes larmes, me dit: Qu'avez-vous? Je lui répondis: «Vous n’ignorez pas ce qui est advenu aux religieux jésuites et aux religieuses qui en dépendent. Je suis perplexe. Je n'ai plus qu'à entrer dans l'Ordre Baladite». Il me ' répondit: Restez chez nous et continuez à enseigner! les filles et moi, je vous ferai don de propriétés, d'immeubles et d'argent aussi. Soyez tranquille et sans souci. Je refusai d'accéder à son désir tout en le remerciant de sa bonté. Je préfère à tout, lui dis-je, " l'entrée en religion.

«Lorsqu'il me vit décidée, inébranlable dans mon dessein, il me dit: Moi je vous faciliterai les moyens d'y entrer et je payerai pour vous la pension exigée par l'Ordre.

«Je le remerciai pour sa bonté et sa générosité. La nuit du même jour où j'eus avec lui cette conversation, J’ai vu en songe trois hommes: le premier était un moine à barbe blanche tenant un bâton de lutrin à la main, le second portait le costume militaire et le troisième était un vieillard avancé en âge. Le moine s'approcha de moi, me toucha du bout de son bâton et me dit: Fais-toi moniale dans l'Ordre Baladite! Il fit quelques pas, puis revint, et me toucha une seconde fois du bout de son bâton et me répéta: «Fais-toi moniale dans l'Ordre Baladite». Je me réveillai alors contente et joyeuse. Lorsque le jour se leva, j'allai chez Antoun Issa, le visage brillant de plaisir. Lorsqu'il me vit il me dit: «Comment êtes vous levée ce matin? Sur votre visage, se lit la joie». Je lui répondis que oui et lui racontai le songe que j'avais eu; alors il me dit: «Le moine est St. Antoine de Qozhaïa (le Grand), le soldat est saint Georges, auquel est dédiée l'église de Ma'ad». Je lui dis alors que je voulais aller sans tarder au monastère de S. Sém'an EI-Qarn, mais lui insista pour que je continuasse l'année à Ma'ad, disant que l'année suivante j'irais au monastère. Je lui répondis: Dieu m'a inspiré d'aller tout de suite.

«Alors, il me donna la pension exigée pour l'entrée en religion et me donna une lettre pour l'Archevêque Joseph Feraïfer et celui-ci écrivit au Supérieur Général, disant: Nous vous adressons cette brebis! (Le Supérieur Général était alors le père Ephrem Geagea' AI-Béchérany) afin qu'il m'admit au Noviciat, et il m'admit. Il avait entrepris de faire réparer le monastère à cette époque-là.

«Lorsque je suis entrée à l'église du monastère, je vis l'image de S. Sém'an et reconnus en lui le vieillard avancé en âge, qui m'était apparu en songe. Je fis mon noviciat dans ce monastère».

La pensée de Dieu est insondable. La confusion dans laquelle était plongée la Congrégation des Mariamettes fut l'occasion propice pour que notre Servante de Dieu se tasse moniale comme elle le désirait depuis toujours. Ainsi nous lisons dans le Registre du monastère Saint-Sém'an EI-Qarn ce qui suit: «Est entrée au noviciat, la religieuse Rafqa qui s'appelait autrefois Boutrossiéh, de Himlaya, le 12 juillet 1871. Elle était âgée de 39 ans». Notre Servante de Dieu prit le nom de Rafqa, celui de sa mère qui était morte quand elle avait sept ans seulement. Puis, dans le diaire, nous lisons la date de sa profession monastique consignée comme suit: «Ont pris l 'habit angélique (monastique) des mains du Supérieur Général (le père Ephrem Al-Bechérrany), du temps du supériorat de la mère Ziara (Visitation) de Ghosta: (la moniale) Cathérine de Aïtou et la (moniale) Rafqa de Himlaya, le 25 août 1873. Notre Servante de Dieu prit le nom de sa mère pour marquer davantage qu'elle était, comme sa mère, morte définitivement au monde, qu'elle se consacrait totalement à son Bien-aimé par les vœux solennels d'obéissance, de chasteté et de pauvreté. Elle se sentait devenir l'épouse du Christ pour l'éternité.