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NAISSANCE ET ADOLESCENCE
Sœur Rafqa est née en 1832
à Himlaya, village maronite de la montagne libanaise, à
environ sept cents mètres d'altitude, dans le district de
Matn, au centre du pays. Ce village, habité dès les
temps les plus lointains, fut mis à sac en 1860. De nos jours,
il compte environ une centaine de familles qui sont considérées
parmi les maronites les plus attachés aussi bien à
leur religion qu'à leurs traditions. Les habitants de Himlaya
sont très fiers d'avoir eu Sœur Rafqa, originaire de leur
village, et chaque famille, en particulier les Choboq et les Rayès,
se la dispute de sorte que chacune d'elles considère notre
Servante de Dieu comme étant sa propre famille.
C'est donc à Himlaya que Sœur
Rafqa vit le jour. Malheureusement, nous ne savons pas le jour exact
de sa naissance, ni celle de son baptême. Les guerres et les
persécutions qui ont ravagé le pays, ont tout saccagé
et brûlé. Toutefois, nous savons qu'elle est née
en 1832, en ce milieu montagnard, et dans le sein d'une famille
catholique très pratiquante. Son père s'appelait Mrâd
Sâber EI-Choboq de Himlaya; la famille EI-Choboq est une branche
de la famille AI-Rayès; sa mère s'appelait, selon
toute vraisemblance, Rafqa; elle était de la famille Gémayel.
Nous n'avons que peu de renseignements sur la famille de notre Servante
de Dieu qui n'en parlait d'ailleurs que très rarement, voire
presque jamais. C'est pourquoi nous ne les connaissons pas, et nous
ne savons pas grand-chose sur l'enfance de sœur Rafqa. Lorsqu'on
a commencé à instruire la Cause de sa Béatification
en 1926, un siècle était déjà passé,
et ceux qui avaient échappé aux massacres de 1860,
avaient totalement disparu au cours de la Première Guerre
Mondiale (1914-1918) où un tiers des habitants de la montagne
libanaise moururent de faim.
En dépit de ces lacunes, nous
savons que notre Servante de Dieu fut baptisée et que son
nom de baptême était Boutrossiéh (Pierrette).
Par bonheur aussi, la supérieure du monastère Saint-Joseph
de Jrabta, sœur Ursula Doumit, eut un jour l'inspiration de demander
à sœur Rafqa, avant de mourir, de lui raconter tous les détails
de sa vie. La réaction de notre Servante de Dieu était
attendue: «Il n'y a dans ma vie, répondit-elle, rien d'important
qui mérite d'être mentionné, pour vous le dire».
Mais la supérieure y insista en répliquant: «Ne me
laissez pas vous ordonner, en vertu de la sainte obéissance,
de me raconter les détails de votre vie, et ne cachez rien».
Alors, en face de cette heureuse insistance, sœur Rafqa, en moniale
docile et obéissante, lui dit: «Je n'ai pas besoin de cet
ordre pour vous raconter ma vie, puisque vous êtes ma supérieure»,
et elle commença par ces paroles: «Mon nom dans le siècle
était Boutrossiéh de la famille AI-Khoury de Himlaya,
village qui dépend de Bikfaya. Ma mère mourut lorsque
j'avais sept ans. Quelque temps après sa mort, mon père
se remaria».
La petite Boutrossiéh devint
donc orpheline, et dès son bas âge, elle fut privée
de la douceur de la présence maternelle. Ce fut le premier
glaive qui perça son cœur très tendre. Mais personne
ne saurait scruter les voies de Dieu, car ses voies sont sans pareilles!
Qui sait! Il se peut que le Seigneur l'ait privée de la présence
maternelle afin qu'elle se prépare, dès son enfance,
à une maternité spirituelle beaucoup plus riche et
beaucoup plus profonde.
Veuf, son père ne tarda pas
à se remarier. La présence d'une marâtre est
souvent ressentie avec amertume par les enfants qui sont encore
en bas âge. Leur attachement à leur mère, définitivement
disparue et sans espoir de retour, reste une blessure saignante
qu'il est difficile de cicatriser. Plus la fillette orpheline grandissait,
plus elle prenait conscience de la dureté de la situation
familiale dans laquelle elle se trouvait. Les années de sa
seconde enfance furent dures; mais Boutrossiéh, en ses malheurs,
se retournait vers sa Mère céleste, la Vierge Marie,
qui était devenue pour elle, sa mère sur terre. Cette
dévotion à la Sainte Vierge, elle l'a apprise de sa
maman avant qu'elle ne meure. Cette dernière, à l'instar
de toutes les mères, donnait à sa fille l'éducation
à la fois humaine et chrétienne. Elle lui apprit les
prières et les actes de piété, en particulier
la prière du matin et avant de se coucher. Elle l'amenait
avec elle à l'église du village où l'on trouvait,
à l'époque, la partie réservée aux hommes,
et celle de derrière réservée aux femmes. Boutrossiéh
imitait sa maman avec qui elle se trouvait parmi les autres femmes,
et elle cherchait à être aussi pieuse qu'elle: «telle
mère, telle fille»! Boutrossiéh ne pouvait qu'être
une fillette pieuse et bien élevée.
Devenue adolescente, Boutrossiéh
sentait que les jours au Liban devenaient lourds; les événements
se multiplièrent; une guerre civile se préparait;
la situation économique devenait de plus en plus difficile.
Le père de notre Servante de Dieu était habitué
à la vie dure, comme tout maronite né dans la montagne
libanaise. Il peinait pour gagner son pain quotidien et subvenir
aux besoins de la famille. «Prier, travailler, vivre dans la crainte
de Dieu» était la devise de tous ceux qui ont habité
cette montagne tant chantée par la Bible. Mais avec les années
40, la situation politique et les querelles dans la région
et les combats dans le pays furent à l'origine des difficultés
économiques senties et subies par la population libanaise.
Le père de sœur Rafqa se trouvait alors dans le besoin; pour
l'aider, elle n'a pas hésité à se faire domestique
chez la famille de Ass'ad AI-Badaoui, qui, avec sa femme Hélène,
était un homme droit, honnête et profondément
chrétien. Originaire de Ba'abda au Liban, cette famille s'était
installée à Damas. Boutrossiéh s'est rendue
auprès d'elle, et elle y resta environ trois ans. Elle était,
au jugement des membres des AI-Badaoui, «un modèle de piété,
de fidélité et de pureté». Son séjour
à Damas lui a été utile à double titre:
elle a pu ainsi aider pécunièrement son père,
et elle a eu l'occasion de se trouver en une famille où tous
les membres, grands et petits, vivaient «dans la crainte de Dieu».
A la maison paternelle, comme en cette maison damascène,
la vocation religieuse suivait son chemin en profondeur, et l'appel
de Dieu se faisait de plus en plus sentir, bien que d'une manière
vague.
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