LA VIE DE SAINTE RAFQA
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SŒUR RAFQA, LA MARIAMETTE ENSEIGNANTE

Tout consacré à Dieu doit s'adonner à l'apostolat; même le solitaire, retiré dans son ermitage, s'il est uni vraiment à Dieu, sa vie est un vrai apostolat. S'unir à Dieu dans la prière, ou bien prêcher l'Evangile du Christ, ou bien enseigner, ne sont que diverses manières de pratiquer la vie apostolique dans l'Eglise, chacun selon la vocation qui lui a été déterminée par Dieu.

Une fois professe, notre Servante de Dieu resta au Séminaire oriental de Ghazir qui fut fondé le 2 février 1846 et confié aux pères Jésuites. En 1860, elle fut envoyée de Ghazir à Deir-el-Qamar, dans le district de Chouf, au Sud du Liban. «Puis en 1860,

continua-t-elle à raconter à sa supérieure, j'allai à Deir-el-Qamar et j'y demeurai avec quelques pères Jésuites. En cette année-là eurent lieu les combats et les massacres sanglants connus. Un jour que je passai dans la ville susdite, je vis quelques soldats pour-chasser un petit enfant dans le dessein de le saisir et de l'égorger; lorsqu'il me vit, il se hâta vers moi, je l'enveloppai alors de ma robe et le sauvai de leur cruauté et de leur barbarie.

«Les pères Jésuites revêtirent d'habits de filles près de quinze jeunes enfants et les abritèrent dans leur école chez eux pour les sauver. Quelques-uns des religieux s'habillèrent en femme et se sauvèrent ainsi de la mort sanglante».

C'est en ce village que fut le point culminant du génocide des chrétiens: «on déchirait les enfants mâles dans les bras de leurs mères et martyrisaient les maris sur les genoux de leurs femmes, avec des marteaux et des instruments de torture». Le sang coulait dans les rues de Deir-el-Qamar à la suite de ces massacres affreux des Chrétiens. Au moment des attaques, «les religieuses Mariamettes qui se trouvaient en ce village, furent cachées dans l'étable à bestiaux par un musulman»; parmi elles, se trouvait notre Servante de Dieu qui, dans la suite, avait les larmes aux yeux toutes les fois qu'elle se rappelait «ces boucheries» ou bien qu'elle en parlait. Le souvenir de ces massacres était tellement ancré dans son esprit qu'elle en était très affectée. D'ailleurs qui aurait pu oublier le génocide des Chrétiens survenu, en 1860, à Deir-el-Qamar et en d'autres contrées de la montagne libanaise?

Après avoir passé deux ans à Deir-el-Qamar, Sœur Rafqa fut envoyée en la ville de Jbeïl (Byblos) pour enseigner les filles avec les autres Mariamettes qui s'y trouvaient. Elle y resta un an seulement. Ensuite, ses supérieurs l'envoyèrent au village de Ma'ad, dans le district de Jbeïl, pour y tenir l'école des filles. «Puis l'obéissance m'envoya, raconta-t-elle à sa supérieure, à l'école de Jbeïl, tenue par les religieuses Mariamettes (jésuates). J'y passa un an, enseignant les filles; ensuite, feu Antoun Issa de Ma'ad me demanda à mes supérieurs pour tenir l'école des filles dans son village. Les supérieurs accordèrent la permission et j'y vins. J'y passai sept ans, m'occupant d'enseignement. Ma classe comprenait soixante filles».

Notons que ce Antoun Issa était l'un des notables de la région; un homme extrêmement riche, un chrétien pratiquant et un grand bienfaiteur. Marié, il resta sans descendant. Sa femme et lui vivaient dans la crainte de Dieu. Notre Servante de Dieu logeait chez eux comme si elle était parmi ses consœurs, et elle assurait l'enseignement et l'éducation aux filles du dit village. Ecoutons l'une de ses élèves, une certaine Narine, veuve de Farès Àgle de Ma'ad même: «Je sais qu'elle nous faisait la classe à Ma'ad, qu'elle était pieuse, vertueuse, donnant le bon exemple à tout le monde. Je fus son élève pendant sept ans. Elle nous enseignait la Doctrine Chrétienne et nous menait à toutes les cérémonies religieuses, à tous les offices ou saluts de l'Eglise. Elle s'agenouillait droite devant nous et cela toujours. Elle nous exhortait souvent à être modestes à l'église. Elle n'admettait pas que quelqu'un d'entre nous fasse le moindre geste qui indiquât un manque de respect. Elle nous disait toujours: «Comprenez bien que le Christ descend sur l'autel lorsque le prêtre prononce les paroles de la Consécration. Baissez vos têtes alors et méditez sur le Dieu caché sous les apparences du pain et du vin». Elle nous exhortait à la Confession et à la Communion. Elle nous exerçait à nous préparer et à recevoir la Communion avec ferveur.

«Elle habitait dans la maison d'Antoun Issa, homme de bien, qui n'avait pas d'enfants et n'avait chez lui que sa femme avancée en âge comme son mari, et connue par sa piété. Elle vivait dans cette maison comme dans un couvent; elle ne visitait que les malades, surtout ceux parmi eux qui étaient les parents de ses élèves. En-dehors de cela, elle ne fréquentait pas dans le village, ne se mêlait pas aux gens, mais elle était toujours occupée à nous enseigner la doctrine chrétienne. Elle nous enseignait par son exemple angélique, plus que par ses paroles. Elle n'acceptait pas d'invitation aux repas, bien que nous aimions avoir des hôtes à notre table.

«Elle allait de son domicile à l'église, puis à l'école uniquement. Je ne l'ai jamais entendue rire aux éclats, au contraire, elle était toujours modeste, calme, délicate, souriant avec humilité. Elle ne frappait pas les élèves pour les corriger, comme on en avait l'habitude. Elle ne se mettait pas en colère, ne criait pas. Elle avait recours aux moyens de douceur et de persuasion. C'est ce qui nous la fit beaucoup aimer, à tel point que nous ne voulions pas la quitter; et nous attendions avec impatience que l'aurore se levât pour revenir vers elle. Je garde d'elle jusqu'à ce jour, le meilleur souvenir, souvenir que je n'oublierai jamais de ma vie.

«Elle m'a élevée avec douceur, humilité et amour, comme elle en a élevé d'autres, m'inculqua l'amour de Dieu et de l'Eglise, me fit prendre les habitudes pieuses. Telle fut aussi sa conduite avec les filles de Ma'ad. Moi, je n'oublierai ses bienfaits de toute ma vie.

«11 n'y eut jamais de désaccord entre elle et les élèves ou leurs parents. Tout le monde lui obéissait et tous l'estimaient comme une moniale réunissant en elle toutes les marques de la perfection monastique. Le silence, la garde de soi, la distinction, le calme, l'humilité, la charité et le zèle. Elle aimait beaucoup ses élèves et veillait à ce qu'elles fassent des progrès. Son suprême vœu était de les voir bien élevées et pieuses. Puis elle quitta Ma 'ad pour embrasser la vie monastique dans l'Ordre Baladite. Tout le monde pleura et fut peiné de se séparer d'elle. Le départ de Rafqa fut une grosse perte pour le village».

Tous ceux qui ont connu sœur Rafqa, la religieuse Mariamette, témoignent également qu'elle accomplissait sa mission d'enseignante et d'éducatrice de la manière la plus parfaite. On sentait qu'elle était toujours unie à Dieu, et qu'elle cherchait à vivre incessamment son amour pour Dieu et son amour pour le prochain. Apôtre, elle l'a été dans la Congrégation des Mariamettes; mais le Seigneur l'appelait à une vie apostolique beaucoup plus profonde et beaucoup plus intense, la vie du cloître.