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SA PAUVRETE
Etre moine, c'est être pauvre, dénué de tout;
c'est n'avoir pas, comme le Christ lui-même, «où reposer
la tête» (Mt, 8, 20).
«Sœur Rafqa, nous dit sa supérieure
sœur Ursula Doumit, observait ce vœu avec une exactitude extrême,
pauvre intérieurement et extérieurement. Elle ne portait
pas une seule piastre sur elle et son cœur n'avait d'inclination
pour rien des choses de ce monde, durant sa vie religieuse toute
entière. Toutes les fois que je faisais coudre les habits
neufs aux moniales, la sœur Rafqa refusait de prendre sa part comme
les autres, mais elle prenait des moniales leurs habits usés
et vieux et leur donnait les neufs qui avaient été
faits pour elle et elle ne faisait cela que par ma permission. Et
lorsque je la pressais de porter un habit neuf, elle me suppliait
ardemment de le donner à l'une des moniales et de lui réserver,
à elle, à la place, un habit usé! Je ne la
forçais pas à porter (un habit neuf) parce que cela
l'aurait impressionnée. Tout le temps qu'elle passa comme
religieuse parmi nous, je ne la vis jamais portant une nouvelle
robe, à moins qu'on ne le lui ordannât».
En outre, sœur Rafqa refusait de
recevoir de l'argent de qui que ce soit. Si quelqu'un lui offrait
quelque argent et lui demandait de prier pour lui, elle lui disait:
«Donnez cela à la mère supérieure».
Un jour vint au monastère
la mère de la supérieure qui avait connu autrefois
notre Servante de Dieu lorsque celle-ci était maîtresse
à l'école de Ma'ad, et qui aimait beaucoup sœur Rafqa
et l'estimait pour sa grande piété et sa grande vertu.
Elle proposa à la Servante de Dieu quelque argent; celle
ci refusait de le prendre; mais pour faire plaisir à sa supérieure
qui lui demandait de ne pas faire trop de peine à sa maman,
elle prit l'argent, et elle la porta immédiatement à
la supérieure en lui disant: «Débarrassez-moi de cette
idole, car je ne puis dormir tant qu'elle est dans ma chambre».
Une autre fois, arrive au monastère
une femme du village de Sghâr dont les enfants avaient quitté
le Liban pour se rendre en Amérique. Cette femme demande
à sœur Rafqa de prier pour eux, et elle lui offrit un méjidiéh
(une livre). Notre Servante de Dieu refusa de le prendre en disant:
«Est-ce que la prière pour vos enfants ne vaut pas si je
ne prends un méjidiéh?». Comme la femme en question
avait fait vœu de donner cet argent à sœur Rafqa, elle le
laisse au parloir et s'en va. Alors la supérieure le prit
et le mit sous l'oreiller de sœur Rafqa sans que celle-ci en sache
rien. Le lendemain, comme les moniales lui changeaient le lit, le
méjidiéh tomba par terre. Entendant le bruit, notre
Servante de Dieu dit: «voyez donc! la moniale aveugle est riche!
que lui manque-t-il? son argent résonne!». Et s'adressant
à une moniale, elle lui dit: «Portez ce méjidiéh
à la supérieure, et priez-la, de ma part, de bien
vouloir l'accepter» .
Elle était dépouillée
de tout; elle avait à sa disposition seulement un coussin,
un fuseau et une boîte en fer blanc pour y mettre les écheveaux.
Aussi ne disait-elle pas «ma boîte», mais plutôt: «passez-moi
l'écheveau de la boîte».
Un jour, le père Joseph Galland,
dominicain et visiteur apostolique de l'Ordre Libanais Maronite,
vint au monastère. Quand il vit sœur Rafqa, il lui dit en
plaisantant: «Pauvre percluse; vous êtes pauvre et la supérieure
ne vous aime pas». «Non, lui répondit-elle, moi, je suis
très riche; ne voyez-vous pas que je suis sur un coussin
et que j'ai une boîte?».
Une autre fois, le père Galland
arrive avec le père François Marie qui était
franciscain et membre de la Visite Apostolique. Ils dirent à
sœur Rafqa devant la supérieure: «La supérieure et
les moniales ont assez de vous; elles ne prennent pas soin de vous,
etc...». Alors elle leur répondit: «Moi, je sais plus que
vous; êtes-vous venus chez nous pour séparer la mère
de sa fille et la belle-mère de sa bru? comme dit l'Evangile».
Ils éclatèrent de rire, tout contents de sa réponse.
Puis ils lui demandèrent si elle était vraiment contente,
si quelque chose lui manquait, etc... car ils se plaisaient à
converser avec elle. Et notre Servante de Dieu de répondre:
«Je suis joyeuse et tranquille; toutes le moniales sont à
mon service! je suis mieux traitée que la Reine d'Angleterre!
».
Il arriva un jour que les deux pères
visiteurs se rendirent au monastère sans prévenir.
Entrés au couvent, ils allèrent tout droit à
l'ouvroir commun où les moniales étaient réunies
pour travailler, et parmi elles, se trouvait sœur Rafqa qui se tenait
ce jour-là sur deux coussins, et travaillait avec son crochet.
Alors le père François Marie dit à notre Servante
de Dieu: «Comment va aujourd'hui la Reine d'Angleterre?» et elle
de répondre: «Que lui manque-t-il? elle est aujourd 'hui
assise sur deux coussins! ».
Comme elle est belle la sainteté
lorsqu'elle est imprégnée de spontanéité
et d'humour!
Etre pauvre, c'est aussi observer
la vie commune en tout, et d'une manière particulière
dans le manger et le boire. En ce domaine, sœur Rafqa appliquait
cette règle à la lettre.
En somme, comme dit sœur Hanné
Alouan, notre Servante de Dieu «était pauvre par sa santé,
pauvre par sa naissance et sa famille. Elle vécut pauvre
au monastère, dans sa nourriture, son vêtement, sa
cellule. Elle n était riche que par ses souffrances, ses
maladies et son amour de Dieu». Autrement dit, étant pauvre,
elle était vraiment la plus riche puisqu'elle possédait
«le Royaume»: «Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des
Cieux est à eux» (Mt, 5,3).
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