| |
|
SES MORTIFICATIONS
Au terme de ce chapitre, que pouvons-nous ajouter à ce que
nous avons vu jusqu'à maintenant; la vie de sœur Rafqa n'était-elle
pas une vie totalement mortifiée? Aux novices, elle répétait
toujours: «La novice doit s'habituer à la mortification,
qu'elle soit douée de patience et d'humilité, qu'elle
oublie son origine, sa patrie et tout ce qu'il y a dans le monde,
et être unie à Dieu seul». Pour être complet,
nous reprenons ce qu'a témoigné sœur Ursula Doumit:
«Ses mortifications, dit-elle, étaient nombreuses et ininterrompues.
Dès le temps que je l'ai connue, elle jeûnait tous
les samedis en 1'honneur de la Très Sainte Vierge et s'abstenait
de tout aliment gras. Les vendredis de l'année, elle ne goûtait
aucune douceur. Je ne l'ai jamais entendue, pas plus moi que les
moniales, se plaindre de la vie commune, ou en murmurer, ou dire:
«Cette nourriture est salée ou douce, délicieuse ou
non». Elle n'eut jamais l'idée, à notre connaissance,
de demander un plat quelconque, ou une nourriture spéciale
qui ne fut pas préparée pour la communauté,
même pendant sa maladie et ses souffrances; toutefois, si
je lui disais: «Prenez de cette nourriture!» elle s'empressait de
m'obéir. Elle était plutôt contente, satisfaite
entièrement de la vie commune. Une fois, je dis à
une moniale de tuer un poulet pour lui en préparer le bouillon.
La moniale s'exécuta, mais dès que Rafqa en sentit
l'odeur, elle sut ce que c'était et refusa d'en prendre,
même une petite quantité et elle dit à la moniale:
«Pourquoi m'apportez-vous cette nourriture spéciale? Ma santé
est bonne (elle était déjà aveugle et percluse);
prenez-la et offrez-la à la Supérieure qui est malade.
Pour moi, apportez-moi de la nourriture commune».
Ayant entendu sa conversation avec
la moniale, je vins à elle et lui dit: «Mangez sans objecter!
». Elle obéit et prit un peu de bouillon et un peu de poulet.
Telle était sa mortification et son obéissance.
Une fois, je prévins au réfectoire
que la novice dont le tour était de faire la cuisine, devrait
manger le plat qu'elle aurait laissé brûler -en plusieurs
repas bien entendu -jusqu'à ce qu'il n'en reste plus rien.
Or, il arriva une fois qu'une novice prépara un plat qui
fut brûlé; je lui ordonnai alors de le manger toute
seule, par pénitence. Lorsque sœur Rafqa entendit cela, et
elle était assise à côté de moi, elle
me pria de manger avec la novice du plat brûlé. Je
ne répondis rien. Elle se leva de sa place et elle alla se
placer vis-à-vis de la novice et se mit à manger avec
elle, lui montrant de l'affabilité, lui disant: «Ne vous
plaignez pas, ma sœur, de manger de ce plat. Moi, je le vois délicieux».
Le repas fini, une des moniales lui demanda: «Est-ce que ce plat
était délicieux, sœur Rafqa?». J'y trouvais un plaisir
extrême, répondit-elle; combien il est délicieux
d'en manger, quand on le fait par obéissance. Admirez sa
mortification et sa charité fraternelle éminente!
La moniale dont le tour était de servir à table, avait
l'habitude de porter à Rafqa sa nourriture, après
le dîner ou le souper des moniales. Un jour, il me vint à
l'idée qu'il peut se faire que sœur Rafqa soit portée
à penser que nous lui servons les restes du repas de la Communauté,
étant aveugle et ne pouvant rien voir. Je dis à la
moniale de lui porter son repas avant que sonne la cloche du réfectoire.
Elle s'exécuta, mais Rafqa montra son étonnement de
ce changement dans les habitudes et me demanda: «Pourquoi m'a-t-on
porté aujourd'hui ma nourriture avant l'heure réglementaire
des repas de la Communauté?». «C'est, lui répondis-je,
pour que vous ne pensiez pas que nous vous envoyons les restes du
repas de la Communauté». Alors elle s'attrista et pleura,
disant: «Cette idée n'effleura jamais mon esprit. Pourquoi,
ma mère, me soupçonner ainsi? Moi, je ne suis pas
digne de manger de la nourriture commune, parce que je ne puis dédommager
le monastère. Je préfère manger des restes.
Comme je voudrais obtenir votre autorisation pour ce fait! Comme
je serais contente et vous remercierais » .
Pour clôre ce chapitre au cours
duquel nous avons cherché à connaître sœur Rafqa,
la moniale libanaise maronite, et à savoir comment elle a
vécu l'Evangile du Christ, il n'est pas sans intérêt
de dire un mot sur sa constitution physique. Dans sa jeunesse, elle
était réputée l'une des plus belles filles
du village. Elle avait le teint blanc, la figure ronde. Elle était
de taille moyenne, ni petite ni trop grande. Elle avait une très
belle voix. Elle était simple dans ses actes et ses paroles,
mais elle s'est révélée très intelligente
et très instruite. Une fois adulte, et malgré son
visage ridé, on voyait qu'elle était belle d'aspect.
Mais comme dit la Sainte Bible: «La beauté de la fille du
Roi, émane de l'intérieur»! Ainsi fut sœur Rafqa,
religieuse pieuse et moniale vertueuse.
|