SES VERTUS
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SON AMOUR DU PROCHAIN

A lire les témoignages de ceux et celles qui ont connu et vécu avec la Servante de Dieu, tous, sans exception, affirment que personne ne s'est plaint d'elle, pas même une seule fois. Sa délicatesse envers les autres et sa charité fraternelle étaient vraiment sans égal. Le témoignage qu'a donné sa supérieure, sœur Ursula Doumit, résume tous les autres: «Sa charité pour ses sœurs les moniales et surtout pour sa supérieure avait atteint un degré éminent de perfection. Elle les aimait toutes d'un amour égal comme si elles étaient ses sœurs naturelles. Elle leur expliquait la Règle monastique, les vertus et les devoirs des religieux et la doctrine chrétienne. Et comme elle avait retenu dans sa mémoire toutes les prières, l'Office canonial, dans le Grand Livre des Offices, elle les enseignait aux jeunes moniales et aux novices, sans qu'elle s'en lassât ou en éprouvât de l'ennui.

«Elle avait appris quelques récits de la Sainte Bible dont elle entretenait les moniales et elle leur répétait les vies des Saints du Synaxaire, le Pré des Elus, les paroles de N. S. Jésus-Christ dans l'Evangile. Elle ne les entretenait que des choses toutes spirituelles. Elle était habile dans la connaissance et la science des choses spirituelles. Si elle apprenait qu'une religieuse était triste ou ennuyée, elle la consolait et l'encourageait par sa douce conversation spirituelle. S'il arrivait que j'ordonne à une moniale ou à une religieuse. de s'agenouiller, elle les devançait et, se mettant à genoux (comme faisaient les premiers moines de l'Ordre) elle demandait pardon pour elle, ayant les bras en croix et elle conservait cette attitude jusqu'à ce que j'eusse dit à la moniale ou à la novice de se lever. Si j'imposais une pénitence à quelque moniale, elle venait me trouver et me priait de lever la pénitence de la moniale pour la lui imposer à elle et elle l'acceptait avec joie. Elle n'était satisfaite que lorsqu'elle partageait la pénitence avec la moniale punie, dans le but de la consoler et de l'encourager, et la moniale accomplissait alors la peine sans ennui et sans amertume.

Comme elle était contente lorsqu'elle savait qu'une novice nouvelle entrait au monastère!

Si elle savait qu'une moniale était fatiguée ou accablée par quelqu'un des travaux du monastère, elle venait tout de suite à elle et si elle pouvait lui donner de l'aide -malgré sa cécité -elle le faisait, sinon elle se plaçait à côté d'elle pour la consoler par sa conversation spirituelle, pour qu'elle ne murmure, ni ne s'ennuie.

Elle visitait toujours la moniale malade, restait près de ses pieds toute la nuit, soulageant sa douleur par ses douces paroles et prenait ainsi part à sa patience et à sa résignation».

Son amour pour le prochain l'amena à servir tous les autres, de quelque région fussent-ils. Tout être humain, homme ou femme, grand ou petit, était son prochain. En quittant la maison paternelle, elle a oublié son origine, sa patrie et tout ce qu'il y a dans le monde, pour être totalement à Dieu, Le servir, et avec Lui, par Lui, et pour Lui, servir tous les hommes. Ainsi, elle était devenue un être épanoui au sens vrai du terme, un être complet, «un vrai homme» à l'image du Christ qui était «Vrai Homme» et «Vrai Dieu».

Un jour, sœur Abdel Ahad, qui était originaire de Chabtine, district de Batroun, et qui s'est faite moniale à Saint-Sém'an, district de Giobbé, dit devant sœur Rafqa ceci: «Je suis une étrangère ici, en cette région de Giobbé». Et notre Servante de Dieu de lui répondre: «ma sœur, une moniale ne doit pas se considérer étrangère dans le monastère». En fait, sœur Rafqa, comme Saint Charbel Makhlouf, canonisé le 9 octobre 1977, comme son maître le père Ni'matullah Kassab AI-Hardini dont la Cause de Béatification est introduite à Rome, comme tant d'autres moines et moniales dans l'Eglise, n'étaient point attachés à leur propre région, car ils savaient très bien que, le vrai moine ou la vraie moniale, sont ceux qui se sentent chez eux là où il se trouvent, parce que là où ils se trouvent, ils doivent être au service du Christ, et par Lui, ils doivent être au service de tous les hommes. Autrement, le moine n'est pas encore «un vrai homme», du fait qu'il n'a pas encore pris conscience de cette solidarité qui le lie ontologiquement à tous les hommes du monde entier. Les anguilles reviennent du Brésil, traversant tout l'Océan, pour pondre en Bretagne française; les cigognes retournent également, pour la ponte, à leur pays d'origine; le moine ou la moniale qui ont tout quitté pour être totalement au service de Dieu et des hommes, doivent travailler là où ils se trouvent. Ils doivent prendre conscience qu'ils sont moines et moniales dans l'Eglise et pour l'Eglise. Or l'Eglise du Christ est universelle. C'est pourquoi, il n'est pas digne du moine d'être «régionaliste», semblait dire sœur Rafqa. Certes, comme disait le Pape Paul VI, d'heureuse mémoire, il faut aimer sa région et celle de tous les autres, et il faut aimer sa patrie et celle de tous les autres. Mais, n'aimer que sa propre région, sans avoir une vision universelle, c'est être «moins homme», un homme amoindri. Et l'on se demande quel message pourrait porter au monde un être qui n'est pas encore «un vrai homme», ni un homme épanoui!

Sœur Rafqa n'a jamais été «régionaliste», c'est pourquoi elle était moniale parfaite qui vivait à tout instant le commandement du Christ son Bien-aimé: «Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés» (Jn, 15, 12).

Sœur Rafqa ne préférait aucune moniale à l'autre; mais elle disait: «Toutes sont mes sœurs»; et lorsqu'on lui demandait: «Laquelle préférez-vous aux autres», elle répondait: «Celle qui observe le mieux la Règle».