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BEATIFICATION
Le
nom de baptême de la Bienheureuse Rafqa fut celui de Boutrossieh
(Pierrette, en français). Elle nacquit vers les années
1832, dans le village de Himlaya, près de Bikfaya, dans la
montagne. Son père s'appelait Mourad Saber El-Chabaq Al-Rayes;
sa mère, Rafqa, de la famille El-Gemayel.
A l’âge
de sept ans déjà, elle perdit sa mère; son
père ne tarda pas à se remarier, et ce fut pour la
petite fille un grand vide.
Déjà
à l'âge de 14 ans, sa marâtre songeait à
la marier avec l'un de ses propres frères, tandis qu’une
tante maternelle voulait faire d'elIe la femme de l'un de ses fils.
Très affectée de se sentir l'occasion de si graves
problèmes de famille, elle pensa entrer dans la vie religieuse,
ce à quoi elle pensait depuis longtemps déjà.
Elle dut attendre pourtant l'âge de 21 ans, après des
années de service chez une famille libanaise à Damas.
La résolution s'y fortifia tant et si bien que elle résista
aux sollicitations pressantes de son père et de sa marâtre.
Elle ne voulait pas ainsi regarder en arrière, une fois arrivée
la rupture avec la vie du monde.
Elle
fut ainsi l'une des premières religieuses d'un nouvel institut
fondé par un curé, le P. Joseph Gémayel, désireux
de pourvoir à l'éducation religieuse et à l'enseignement
des jeunes filles. De 1856 à 1871, elle fut donc enseignante,
éducatrice, aimée de ses élèves, recherchée
par les familles qui lui donnaient toute leur confiance. Et cela
au milieu de graves conflits, surtout dans les années 1860.
Elle dut souvent quitter sa communauté, accepter d'être
accueillie par une famille qui lui assurait la vie sauve et lui
permettait d'accomplir son ministère de Mariamat (fille de
Marie).
En
1871, malheureusement cet institut, trop jeune pour résister
aux événements tragiques, fut dissout. Et beaucoup
de religieuses déroutées se résolurent à
rentrer dans leur famille ou à trouver une situation nouvelle.
Ce
n'est pas la voie que cherchait ni prit Rafqa. Elle la cherchera
auprès du Seigneur, le priant et pleurant qu'il la lui montre.
Et c'est ainsi que dans l'église Saint Georges, lui fut indiqué
l'Ordre Baladite, fondé en 1695, qui s'inspire de l'antique
monachisme égyptien. C'est dans cet ordre si austère
qu'elle entra le 12 juillet 1871. Après un noviciat de deux
ans, elle y prononçait ses vœux, prenant le nom de Rafqa
(Rébécca). Pendant 2 ans, elle observa strictement
les règles et prescriptions de l'ordre.
Un
jour de 1885, pendant qu'elle priait seule, le dimanche du Rosaire,
inspirée elle adresse à Dieu cette prière:
« Pourquoi, mon Dieu, vous éloignez-vous de moi? et pourquoi
m'abandonnez-vous? Vous ne me visitez pas par la maladie?
M'auriez-vous abandonnée? ».
Le
Seigneur entendit cette question qui équivalait à
une offrande totale d'amour à sa volonté. Et il Y
répondit par l'acceptation du sacrifice que Rafqa faisait
de sa santé. Bientôt des douleurs violentes à
la tête lui otèrent l'usage de l’œil droit. La douleur
s'y propagea au point qu'une opération fut retenue nécessaire.
L'ablation fut pratiquée d'une main très inexperte,
ce qui augmenta la souffrance et la déplaça dans l’œil
gauche avec la même intensité. Bientôt c’est
œil fut perdu. Et ce fut la cécité complète
pendant les trente dernières années de sa vie. La
tête, le front, les yeux, le nez étaient comme traversées
par une broche rougie au feu.
En
1897, Rafqa fut transférée dans un monastère
où on cherchait à lui atténuer, malgré
elle, ses douleurs et ses infirmités. Elle continuait à
rester fidèle aux travaux qu'elle pouvait encore exécuter,
et aux exercices et prières de la Règle.
Mais,
en 1907, elle ressentit des douleurs très aiguës dans
les jambes, comme si des pointes de lance s'y enfonçaient.
Prélude à une paralysie douloureuse et quasi totale:
des plaies s'ouvrirent, le corps se trouva replié dans une
absolue immobilité, le menton touchant les genoux. Mais les
lèvres murmuraient ses oraisons à Jésus souffrant
qu'elle voulait imiter:
«En
communion avec la blessure de votre épaule; avec la couronne
d'épines; avec les douleurs causées par la lance...
par les épines... par la croix".
Tels
sont les sentiments d'identification totale au Christ qui s'exprimaient
dans ses douleurs. Au printemps de 1914, le 23 mars, épuisée,
impatiente de s'unir au Christ glorieux, Rafqa s'éteignait
doucement.
Peu
avant sa mort, elle répondait à sa supérieure:
«Il n'y a dans ma vie rien d'important qui mérite d’être
mentionné ».Rafqa nous apprend la place et la valeur
de la souffrance dans le salut de chacune de nos âmes, et
le salut du monde entier. Leçon difficile à recevoir,
parce que notre époque cherche à reculer le domaine
de la Souffrance, bien légitimement certes, mais ne se refuse
aucune jouissance, tournant le dos ainsi au Christ crucifié,
au complément que chacun, selon Saint Paul, doit apporter
à la Passion du Christ.
Enfin,
la vie sacrifiée de Sœur Rafqa se trouve bien dans l'image
du chrétien, du disciple du Christ, telle que la dessine
le Saint-Père dans son Encyclique Salvifici doloris;
« L'homme
souffrant dans la foi la souffrance rédemptrice, est devenu,
en un certain sens, participant de toutes les souffrances humaines...
Il découvre en elle ses propres souffrances, les retrouve,
grâce à la foi, enrichies d'un contenu nouveau et d'une
signification nouvelle» (n. 20).
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