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LE LIBAN, TERRE SAINTE
«L'homme est le fils de son milieu»,
dit le proverbe libanais. C'est pourquoi, pour mieux comprendre
la vie de Sœur Rafqa, il nous paraît utile de la situer tout
d'abord dans son contexte à la fois national, ecclésial
et monastique. Notre Servante de Dieu est née au Liban, au
sein d'une famille maronite, et s'est sanctifiée dans l'Ordre
Libanais Maronite. Chacun de ces trois milieux a eu sa part d'influence
sur la voie que Sœur Rafqa a suivie.
Fille du Liban, elle a été
marquée par ce pays.
Le Liban actuel est un petit pays
du Moyen-Orient d'environ 10.400 Km2. Il est limité: à
l'est et au nord par la Syrie; à l'ouest par la mer Méditerranée;
au sud par la Palestine. Sa capitale est Beyrouth. C'est un pays
plutôt montagneux; la cime la plus haute est celle de Qornet-el-Saouda
dont l'altitude est de 3.083 mètres. Avant 1920, et du temps
de notre Servante de Dieu, le Liban comprenait seulement la montagne
libanaise qu'on appelait «la montagne blanche» car la neige durait
une bonne partie de l'année sur ses hauteurs.
Le Liban se distingue de tous les
autres pays environnants du Moyen-Orient. Ancienne terre de Phénicie,
il n'est riche ni en or, ni en pétrole, ni en aucune ressource
minière. Bien que les Libanais, comme leurs ancêtres
les Phéniciens, se révèlent de grands commerçants
et bien que le Liban attire les touristes des quatre coins du monde,
la richesse de ce pays est loin d'être matérielle;
elle est surtout spirituelle et humaine. Ceci pourrait découler
du fait que le Liban se trouve au croisement des trois continents:
l'Europe, l'Asie et l'Afrique. Trois civilisations s'y rencontrent
et ne cessent de subir leurs influences réciproques.
Le Liban, comme tout pays qui forme
un pont entre les continents, a connu successivement la conquête
des Babyloniens, des Hittites et d'Alexandre le Grand, comme il
a connu les dominations romaine, byzantine, arabe et turque. Toutes
les civilisations orientales et occidentales y sont passées,
laissant des traces et des inscriptions à travers le pays,
et en particulier sur les rochers de la Vallée de Nahr-elKalb
ou «Fleuve du Chien» (le Lycus de l'Antiquité) à quelque
dix kilomètres au nord de Beyrouth. Notons que cette dernière
avait, du temps des Romains, la plus fameuse Faculté de Droit
de tout l'Empire. Aussi devons-nous souligner que ce sont les Phéniciens,
les ancêtres des Libanais, qui ont inventé l'Alphabet,
et que les trois grandes villes libanaises: Byblos, Tyr et Sidon,
chantent toujours la gloire de cette invention.
Le Liban d'aujourd'hui n'est qu'une
image du Liban d'antan. Terre des dieux de l'Antiquité: Adonis,
Astarté et tant d'autres, le Liban est de nos jours parsemé
d'églises et de sanctuaires. Terre des dieux, le Liban n'a
jamais nié la religion; il se peut que ce fait soit le fondement
de son charme. Sur la beauté naturelle du pays resplendit
donc une beauté spirituelle. C'est pourquoi le Liban est
cité plus de soixante fois dans la Bible: «Viens ma bien-aimée,
viens du Liban», chantait l'auteur du Cantique des Cantiques. Le
Christ lui-même qui s'était décidé à
ne visiter que les terres palestiniennes, n'a quitté la terre
d'Israël que pour visiter la terre libanaise quand il s'est
rendu à Tyr et à Sidon! Ce pays est par vocation,
si nous osons dire, terre sacrée, car «le parfum de la bien-aimée,
selon le Cantique dés Cantiques, est le parfum du Liban»,
et «qu'elle a été exaltée comme le cèdre
du Liban». En connaissant l'histoire de ce pays, le voyageur qui
le traverse n'est point étonné de voir en chaque vallée
et colline, voire même à presque chaque tournant, une
cloche d'église ou un sanctuaire de dévotion. Toutefois,
la statue de Notre-Dame du Liban qui surplombe l'une des plus belles
collines de la montagne libanaise reste le sanctuaire par excellence
qui est visité, chaque année, par presque tous les
Libanais, surtout durant le mois de mai. La Vierge est déclarée
la patronne du Liban! Elle est invoquée tous les jours, si
ce n'est à tout instant! Persécuté à
travers les siècles, le chef des Maronites, le patriarche,
devait fuir et changer constamment de résidence; là
où il se trouvait, sa résidence était toujours
dédiée à la Sainte-Vierge. La dévotion
à la Mère de Dieu est, dit-on, l'apanage des Chrétiens
d'Orient; aussi peut-on affirmer que tout cœur libanais, et en particulier
maronite, est un cœur marial. Tout office maronite doit contenir
des hymnes à la Vierge Marie; et toute cérémonie
religieuse doit renfermer des prières à celle qui
fut la co-rédemptrice de l'humanité.
Terre sainte, le Liban a été
et reste toujours pays de refuge. Toute communauté persécutée
y est accueillie avec joie. Parfois, ceci fut la cause de ses malheurs
et de ses souffrances; mais le Liban est fier de remplir sa mission
en recevant sans cesse les opprimés. Un Liban sans l'hospitalité,
n'est guère pensable!
Ainsi, c'est sur cette terre libanaise,
aux pieds des fameux Cèdres et au sein de la nation maronite,
que sœur Rafqa vit le jour.
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